Depuis la fin de l’hiver dernier, la dégradation progressive des clapets à marée permet à l’eau de mer de pénétrer davantage dans la Réserve naturelle. Cette évolution, dont la mise en œuvre était initialement prévue à l’été 2027 dans le cadre du projet de restauration des continuités écologiques de la Saudraye, intervient donc de manière anticipée. Dans ce contexte, la réalisation d’une pêche scientifique opportuniste aux verveux dans le but de mesurer d’éventuels premiers changements a été réalisée.
Des espèces côtières retrouvées jusqu’au Grand Loc’h
Les captures sont largement dominées par des espèces côtières, avec notamment des Mulets porcs et des Mulets dorés, qui représentent l’essentiel des individus capturés. Plusieurs autres espèces ont également été recensées : Flets européens, Gobies, Bars francs et Anguilles européennes. L’une des observations les plus intéressantes concerne la présence de mulets jusque dans le Grand Loc’h. Leur présence n’avait encore jamais été constatée lors des précédents suivis piscicoles réalisés en 2020, 2021 et 2022.
Deux nouvelles espèces ont également été capturées pour la première fois dans le cadre de ces suivis : une Épinoche de mer et une jeune Crénilabre mélops (ou Petite vieille). Deux espèces typiquement côtières. Ces observations sont directement liées à la pénétration progressive de l’eau de mer, qui facilite l’accès des poissons côtiers dans le Loc’h, qui joue alors son rôle de marais maritime.
Parmi les espèces dulçaquicoles (des eaux douces) connues sur le site, seul le Rotengle a été capturé. Les Epinoches à trois épines, Gardons, Vairons ou encore les Carpes n’ont pas été capturés. Il est fort possible qu’elles soient remontées vers l’amont de la Saudraye.
L’intérêt de restaurer les continuités écologiques
Ces premières observations illustrent concrètement l’importance des échanges entre les cours d’eau, les zones humides littorales et la mer. La libre circulation des poissons entre ces différents milieux est essentielle à l’accomplissement de leur cycle biologique. Certaines espèces utilisent en effet les zones estuariennes et les cours d’eau pour se nourrir, grandir, se protéger des prédateurs ou bien comme corridors vers d’autres zones d’alimentation. La restauration des continuités écologiques de la Saudraye constitue donc un enjeu majeur pour retrouver un fonctionnement plus naturel de ces milieux et favoriser les déplacements de la faune aquatique.
Un événement est toutefois venu rappeler la fragilité de cette continuité : au cours même de cette campagne de pêche, l’un des deux clapets à marée a été remplacé, interrompant à nouveau une partie des échanges entre la mer et la Réserve.
Observer les changements pour mieux comprendre les évolutions du Loc’h
Cette pêche s’inscrit dans le programme de l’Observatoire des changements, mis en place pour suivre et comprendre les transformations écologiques, physiques et paysagères de la Réserve dans le contexte de sa reconnexion à la mer.
Les données recueillies constituent de nouveaux éléments de connaissance qui viendront compléter les inventaires piscicoles précédents. Leur comparaison avec les futurs suivis permettra de mieux comprendre la dynamique des peuplements de poissons et leur évolution au fil des transformations du site.
Ce suivi a été réalisé par la Fédération Départementale des Chasseurs du Morbihan (FDC 56), gestionnaire de la Réserve naturelle, en partenariat avec la Fédération du Morbihan pour la Pêche et la Protection du Milieu Aquatique (FDAAPPMA 56).





















